La grande histoire du Figuier de Barbarie

Épisode 1 - Le fruit rouge

1492 : ils pensaient avoir été empoisonnés…

Depuis maintenant 17 ans, je vous vante les bienfaits de l’huile de pépins de figue de Barbarie. Aujourd’hui, il est temps de tout vous dire sur cette plante exceptionnelle.

Je vais donc vous raconter son histoire étonnante. Une plante venue de très loin, qui a traversé les siècles, les civilisations et les continents avant de devenir celle que nous connaissons aujourd’hui.

Chaque semaine, je vous en raconterai un nouvel épisode.

Hispaniola, 1492.

Les nouveaux arrivants dans les Amériques regardent avec inquiétude ce qui vient de leur arriver. Leur urine est devenue rouge sang. Quelques heures auparavant, les habitants de l’île leur avaient offert un fruit qu’ils ne connaissaient pas.

Hispaniola en 1492

Un fruit étrange. Une peau couverte de petites épines. Une chair intensément colorée. Un goût doux et agréable. Les populations locales l’appellent alors « tuna ».

Pour les Espagnols fraîchement arrivés dans ce qu’ils appelleront bientôt le Nouveau Monde, l’explication semble évidente : ils ont été empoisonnés.

Ils ne le sont pas. Cette coloration spectaculaire est simplement liée au fruit qu’ils viennent de manger. Cette anecdote constitue l’une des premières rencontres documentées entre les Européens et cette plante étonnante.

Fruits rouges du figuier de Barbarie

Mais ce que les Espagnols prennent alors pour une curiosité exotique est, pour les peuples du continent américain, tout sauf une nouveauté. Le figuier de Barbarie est déjà là depuis des siècles. Et il occupe une place considérable dans la civilisation aztèque.

Quelques années plus tard, lorsque les conquistadors atteignent le plateau mexicain, ils découvrent le nopalli, son nom en langue nahuatl. Il est partout. On mange ses fruits. On utilise la plante. Elle fait partie de la vie quotidienne, de l’économie et de la culture.

En 1519, lorsque Hernán Cortés atteint le plateau mexicain, les Espagnols constatent l’importance considérable de cette plante dans le monde aztèque. Mais il y a plus étonnant encore.

Le figuier de Barbarie est lié au symbole même de Tenochtitlan, la capitale de l’Empire aztèque, l’actuelle Mexico. Un aigle, posé sur un figuier de Barbarie, tenant un serpent.

Le figuier de Barbarie, symbole de Tenochtitlan

Des siècles ont passé. Les empires ont disparu. Les frontières ont changé. Mais regardez aujourd’hui le drapeau du Mexique.

Drapeau du Mexique

L’aigle est toujours là.
Le serpent est toujours là.
Et le figuier de Barbarie aussi.

Une représentation profondément liée à l’identité mexicaine.

Peu de plantes peuvent se vanter d’avoir traversé autant de siècles d’histoire jusqu’à devenir l’un des symboles d’une nation. Et pourtant, au début du XVIe siècle, les Européens ne connaissent encore presque rien de ses véritables capacités.

Ils ignorent notamment comment cette plante parvient à survivre dans des environnements où tant d’autres souffrent du manque d’eau. Ils ne savent pas encore non plus que ses fruits, ses raquettes et même ses graines révéleront, avec le temps, des usages insoupçonnés.

Pour l’instant, ils sont surtout intrigués. Et fascinés par son apparence. Car le figuier de Barbarie ne ressemble à aucune plante qu’ils connaissent. Pas de feuillage comme celui des arbres européens.

À leur place, de grandes raquettes vertes, épaisses et arrondies, qui semblent s’empiler les unes sur les autres. Une silhouette étrange, presque sculpturale.

Les grandes raquettes du figuier de Barbarie

À une époque où les Européens collectionnent les plantes rares et exotiques venues des nouveaux territoires, cette forme inhabituelle exerce une véritable fascination. Le figuier de Barbarie devient alors autant une curiosité décorative qu’une plante à découvrir.

On veut l’observer. Le dessiner. Le montrer. Et bientôt, l’installer dans les jardins européens.

Un rapport de la FAO (ONU) souligne d’ailleurs que son aspect totalement nouveau fut probablement l’une des principales raisons de l’intérêt qu’il suscita en Europe, bien avant que toutes ses qualités alimentaires ou agricoles soient réellement comprises.

Ainsi, ce n’est pas seulement son fruit qui attire l’attention des conquistadors. C’est aussi sa forme. Ses épines. Ses grandes raquettes arrondies. Son allure venue d’un autre monde.

Peu à peu, certains Européens commencent donc à s’y intéresser. Et bientôt, une idée va naître :

Et si nous rapportions cette étrange plante en Europe ?

À suivre la semaine prochaine…

Épisode 2 — Le cactus au cœur d’un empire

Avant de traverser l’Atlantique, le figuier de Barbarie a encore beaucoup à nous raconter sur le Mexique, ses usages et les secrets que les peuples préhispaniques avaient déjà appris à exploiter.

À la semaine prochaine…